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La protection de l'enfance

Nous pouvons décrire très succinctement l’éducation spécialisée par deux grands secteurs d’activité : celui du handicap (psychique, psychomoteur et mental) et celui de la déviance et délinquance juvénile. Ce découpage semble très éloigné des réalités tant les différents champs deviennent difficiles à isoler. Toutefois, ce repérage « historique » du métier permet de mettre l’accent sur la part de l’éducation sociale liée aux problématiques de la jeunesse en rupture caractérisée par le développement de deux axes d’intervention : extra- et intra-muros.

Le milieu ouvert, centré sur l’insertion socioprofessionnelle, se
préoccupe de la vie sociale des jeunes au sein de leur « environnement » : action collective, intervention dans les quartiers, travail en réseau interprofessionnel dans les milieux scolaires, etc.
Le milieu « institutionnalisé », centré sur le courant psychoéducatif clinique, valorise le développement de la personnalité et l’épanouissement personnel à travers une prise en charge en résidence.

A y regarder de plus près, cette bipolarité tend à nouveau à se délier, tant le travail en milieu institutionnel s’accorde à prendre en compte, dans les projets éducatifs, l’environnement familial et socioculturel des jeunes placés. Aujourd’hui, nous assistons à un déploiement des actions en milieu ouvert, du travail social de rue et du soutien aux familles. L’acte de retrait d’un enfant d’un milieu familial considéré comme pathogène fait largement
débat. Le placement est pensé comme le dernier recours, souvent avalisé par la nécessité de protection du mineur. Protection d’un milieu environnant jugé comme dangereux ou encore lorsque le jeune se met en situation de risque trop élevé par ses propres actes ou comportements.
Le travail de proximité inscrit dans une temporalité longue, permettant un suivi investi au niveau relationnel, reste un axe porteur du métier. La construction d’une relation de confiance suffisante permet d’élaborer l’intervention en prenant en compte l’histoire de la personne, ainsi que les potentialités psychologiques, physiques, affectives, cognitives, sociales
et culturelles. C’est par une prise en compte holistique de la personne que l’intervention est envisagée. Mais la dimension participative des bénéficiaires reste étonnamment très absente des définitions. Ceux-ci sont présentés comme acteurs de leur développement, mais peu engagés dans la définition même de leurs besoins et des moyens à mobiliser pour y répondre.
Nous pouvons observer actuellement une recherche de renouvellement des modèles d’intervention. Après les modèles cognitivo-comportementaux, psychodynamiques, collectifs et systémiques, le modèle centré sur la « solution » intéresse nombre d’éducateurs. Ici, l’intervention cherche à faire émerger les potentialités des personnes en difficulté, trouvant en elles-mêmes et dans leur environnement des pistes de solutions à leurs problèmes.

(Extrait de : "La part sensible de l’acte" Présence au quotidien en éducation sociale  Joëlle Libois)

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